But de ce blog

Bonjour à tous,

Dans un futur plus ou moins proche, décadence, misère et mort sont le pain quotidien de l'humanité. La vie de l'un d'entre eux bascule tout à coup. Le jour devient nuit, le blanc devient noir, quel est donc ce mal qui coule en lui ?

Découvrez le en même temps que lui dans cette histoire gothico-vampirique, que je vous transmets au fur et à mesure que je l'écris.

Bonne lecture à tous...

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Mais il semble bien que ce ne soit que la triste et douloureuse réalité. Pas le temps de tergiverser, la jeune femme a sûrement besoin d’aide. Il court la rejoindre et ne peut que constater l’étendu des dégâts. Elle a échappé à la mort par strangulation mais c’est finalement sa chute qui lui a été fatale. Elle s’est empalée sur un morceau de ferraille au niveau du thorax. Son visage semble pourtant comme apaisé, par cette mort perçue comme un soulagement pour de trop nombreuses personnes. Le suicide est devenu la troisième cause de mortalité du pays, non loin derrière le meurtre et l’overdose. La jeune femme n’était pas très jolie. Ses traits sont vieillis par la consommation abusive de tabac, alcools et autres drogues dures. Ses cheveux mi-longs baignent dans une marre de sang qui s’élargie à vu d’œil. Notre amnésique semble comme hypnotisé par le liquide rouge et sa lente progression, avalant lentement le bitume sur son passage. Bientôt, il atteint ses chaussures, épouse leur forme, et poursuit sa route. Pourquoi est-il attiré par ce sang ? Il se sent comme appelé, tel un papillon de nuit par de la lumière. Il a envi de le toucher, de le goûter… Pourquoi ? Il transpire, se crispe, tente de détourner son regard mais n’y parvient pas. L’attraction est trop forte. Il ne peut pas lutter. Il s’agenouille et ne pense plus qu’à une chose : boire. Il trempe son doigt. Une voix intérieure lui crie, lui supplie de ne pas continuer. En vain. Il porte son doigt à la bouche. C’est un vrai délice. Son corps tout entier frissonne de plaisir au goût de ce doux nectar et il en redemande. L’homme se penche sur le sol et commence à le lécher à la manière d’un chien. Une partie de lui voudrait se relever et s’enfuir, mais elle semble si loin, si faible. C’est tellement bon ! Le liquide encore chaud coule dans sa gorge et pénètre son corps, lui insufflant une incroyable énergie. Mais bientôt, il ne se contente plus de si peu et va directement puiser le fabuleux élixir à la source. Il arrache le morceau de métal, qui dépasse de la poitrine de la malheureuse et déchire son sweat-shirt, pour appliquer ses lèvres sur la plaie et aspirer avec délectation jusqu’à la dernière goutte. Il s’assied et profite des derniers instants de cet orgasme d’un nouveau genre. Avec sa langue, il parcourt le contour de sa bouche afin de récupérer ce qui s’y était égaré. Passé ce moment de plénitude, il reprend peu à peu ses esprits et commence à prendre conscience de son acte. Il regarde la jeune femme qu’il vient de vider comme on vide un lapin. C’est horrible ! Comment peut-on faire cela ? Il ne se demande plus qui il est, mais plutôt qu’est-ce qu’il est ? Et après réflexion, il se dit qu’il serait certainement préférable de ne rien savoir de son passé, plutôt que de découvrir quel monstre il a dû être ! Quelle bête immonde peut être assez méprisable pour boire le sang encore chaud d’un corps humain ! La nausée lui vient et il est prêt à vomir, mais son corps ne semble pas disposé à restituer ce qu’il a pris.

 

Tout à coup, du bruit vient de la rue principale. Le bruit des bottes de protection sur l’asphalte est reconnaissable. Les soldats ont dû être alertés par les coups de feu et ils viennent certainement  pacifier la zone. Lorsqu’ils vont découvrir le cadavre de la jeune femme et un homme couvert de sang à ses côtés, ils ne se poseront pas la question de savoir ce qu’il s’est passé. Ils préfèreront tirer d’abord, afin de palier à tout éventuel problème. Il vaut donc mieux ne pas traîner. L’homme regarde malgré lui une dernière fois le visage de la défunte avant de se relever et courir dans la ruelle. Il prend la première bifurcation sur sa droite et continue de courir. Il court de toutes ses forces, à la fois pour échapper aux forces de l’ordre, mais surtout pour mettre le plus de distance possible avec ce qu’il vient de faire. Plus que sauver sa peau, c’est à cela qu’il pense en ce moment. Après un demi-kilomètre, il ne remarque même pas qu’il n’est pas même essoufflé, mais commence à ralentir et se demande s’il n’aurait pas mieux fait de rester là bas pour mourir. A quoi sert de vivre si c’est pour commettre de telles atrocités ? Il se revoit léchant le sol, puis s’acharnant sur ce corps sans vie, impuissant face à ses instincts primaires. Il s’arrête et regarde ses mains souillées de sang. Et si la prochaine fois il s’en prenait à une personne vivante ? Est-ce qu’il agirait également de la sorte ? Est-il un assassin sanguinaire incontrôlable ? Cette idée est insoutenable, en tout cas, il ne le permettra pas. Sur sa droite, une échelle de secours grimpe jusque sur le toit d’un immeuble. L’homme se dirige lentement vers les premiers échelons. Il ne se laissera plus dominer par cet instinct bestial et il sait comment y parvenir. Il se donne du courage, saisit la rampe et entame sa longue ascension. Un par un, les étages défilent. A cette heure, rares sont les fenêtres encore éclairées. Lorsque c’est le cas, il assiste à un bref passage de la vie des occupants de l’appartement. Arrivé sur le toit, au dix-huitième étage, il aura pu apercevoir une scène de ménage, un coma éthylique et les ébats sexuels douteux d’une demi-douzaine de personnes.

 

C’est loin d’être l’immeuble le plus haut des environs, mais la vue y est déjà excellente sur une partie de la ville. Le jour ne va pas tarder à se lever. Le vent vient de tourner. Il transporte une odeur de brûlé. Quelques rues plus loin, les bâtiments sont éclairés par une lueur orangée. Le feu de la voiture n’a toujours pas été maîtrisé. Il s’est même probablement propagé à l’immeuble dans lequel la poursuite s’est achevée. Au loin, on entend les sirènes des soldats du feu qui arrivent sur les lieux. Eux aussi ont fusionné avec les forces militaires et sont à même de riposter en cas d’agression. Trop de pompiers sont morts par le passé. Il y a cinq ans, une grève générale a causé de nombreuses pertes tant matérielles qu’humaines. Le conflit a débouché sur une formation militaire de tous les pompiers, qui sont maintenant armés et équipés de véhicules blindés. Notre amnésique s’est avancé jusqu’à l’extrémité du toit. Il monte sur la bordure et regarde en bas. Le véhicule des soldats du feu passe bruyamment, avant de tourner deux rues plus loin. D’ici, il a l’air minuscule. Il est suivi de près par l’équipe de nettoyage. Anciennement médecins légistes, leur mission a totalement changé. Ils ne font plus que ramasser les corps, qu’ils identifient lorsque c’est encore possible et qu’ils envoient ensuite directement à l’incinérateur. Aucune cérémonie n’est autorisée pour les criminels, et de toute façon, l’enterrement est devenu un luxe que seuls quelques riches notables de la ville peuvent encore se payer.

 

L’homme hésite. Dans sa tête, pas tout à fait une heure de souvenirs, tous plus sinistres les uns que les autres. Il n’y a vraiment rien qui le retienne, alors si en plus il parvient à éviter tout risque de faire du mal à quelqu’un… Cette pensée le réconforte un peu. Il sait ainsi qu’il aura fait quelque chose de bien dans sa vie. Il se rapproche un peu plus encore du bord. Les battements de son cœur s’accélèrent. Une partie de ses pieds est à présent dans le vide. Il se dit qu’après une telle chute, il ne devrait pas sentir grand-chose de toute façon. Il inspire profondément et expire lentement, comme s’il voulait profiter une dernière fois de l’air. Cette fois c’est bon, il est prêt. C’est un service qu’il rend aux personnes qu’il aurait pu blesser ou tuer. Une dernière inspiration…

-  Je ne ferais pas ça si j’étais toi. 

La voix, féminine, vient de derrière lui. Surpris, il est déséquilibré, chancelle, mais une main ferme le rattrape par le bras et le tire sur le toit avant qu’il ne chute.

-  De toute façon, cela n’aurait servi à rien, poursuit-elle. 

            Le sauveur est une jeune femme au teint pâle, ce qui tranche avec ses longs cheveux noirs. Elle doit avoir dans les vingt-cinq ans et possède de magnifiques et grands yeux verts posés sur un visage doux et harmonieux. Si elle n’était pas vêtue d’une combinaison moulante de cuir noir, qui épouse parfaitement son corps sublime, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’un ange tombé du ciel. Mais elle est bien là, en chair et en os, devant notre amnésique suicidaire qui se remet doucement de ses émotions.

            -  Ne vous approchez pas, lui dit-il, je suis dangereux ! C’est la seule solution ! Je ne veux faire de mal à personne. Merci pour ce que vous avez voulu faire, mais je dois en finir. 

            Il se tourne à nouveau vers le vide mais l’étreinte sur son bras se ressert.

            -  Tu ne te souviens de rien n’est-ce pas ? 

            L’homme se fige.                                            

            -  Je sais se que tu ressens. Tu as l’impression d’être un monstre incontrôlable, ce que tu as fais te dégoûte profondément, mais une partie de toi en redemande. Et c’est ça qui t’effraie le plus. Tu as peur de reperdre le contrôle et c’est pour cette raison que tu veux sauter.

            Stupéfait, il la dévisage, comme s’il tentait de trouver des réponses dans son troublant regard.

            -  Et oui, tu n’es plus seul au monde maintenant. Je m’appelle Mélia, et toi ? 

            D’abord hésitant, l’homme se décide à répondre.

            -  Je ne sais pas. Lorsque je me suis réveillé, je n’avais pas de papiers sur moi. 

            La jeune femme lui sourit.

            -  Il ne te reste plus qu’à en choisir un alors. 

            Les questions fusent dans la tête de notre amnésique. Qui est cet ange des ténèbres qui prêtant savoir ce qu’il ressent ? Est-ce qu’il lui est arrivé la même chose que lui ? Peut-il lui faire confiance ?

            -  Comment savez-vous tout cela ? Est-ce qu’il vous est arrivé la même chose ? Est-ce que ces pulsions meurtrières sont contrôlables ?... Pourquoi ?... 

            L’émotion est trop forte. Il s’effondre en sanglots. Toute la tension accumulée se libère. Quelqu’un va peut-être pouvoir répondre à toutes les questions qu’il se pose. Pour la première fois depuis son réveil, l’espoir pointe enfin le bout de son nez. La jeune femme s’accroupie à ses côtés et pose sa main sur son épaule.

            -  J’ai traversé les mêmes épreuves que toi, je peux répondre à certaines questions que tu te poses. Je peux aussi t’aider à contrôler tes pulsions. Mais pas ici, pas maintenant. Il nous faut d’abord rentrer. Alors voici les deux solutions que je te propose. Ou tu décides de m’accompagner, ou c’est la dernière fois que tu me vois. Je veux bien t’apporter mon aide, mais c’est là ta seule chance. Sache seulement une chose, sauter ne changera rien à la situation. 

            L’homme relève la tête. Il ne comprend pas ce qu’elle veut dire par  sauter ne changera rien  et pour l’instant il s’en moque. Il vient de trouver un soutien inespéré et ne compte pas le laisser partir. Il se relève et essuie ses larmes du revers de la main.

            -  Je vous suis, dit-il. Où va-t-on ? 

            Mélia se relève également.

            -  Ne t’inquiète pas pour cela. Sache seulement que tu seras en sécurité et que tu as pris la bonne décision. Et arrête donc de me vouvoyer ! Cherche-toi plutôt un prénom.

            Ils redescendent par l’échelle de secours.

            -  Comment tu as fais tout à l’heure, je ne t’ai pas entendu venir ? 

            -  Les questions ce sera pour plus tard. Que penses-tu de Maël ? Ca sonne bien je trouve. 

            -  Quoi ?  dit-il en se demandant de quoi la jeune femme lui parle.

            -  Pour ton prénom, répond-elle. 

            -  Ah oui c’est vrai. Je n’y pensais plus 

            -  Ou alors Mattys ? 

            Le futur nouveau baptisé réfléchi un instant, avant de décliner. Ils mettent pied à terre.

            - Ylan ? 

            Cette proposition semble l’intéresser d’avantage.

            - Ylan… C’est pas mal ! Va pour Ylan, se réjouie-t-il. 

           

            Il y a moins de dix minutes, il était seul au monde et prêt à se jeter du haut d’un immeuble, il a maintenant une alliée et un prénom. Sa nouvelle vie se construit peut à peu, ce qui n’est pas pour lui déplaire. Il en oublierait presque le sanglant épisode de tout à l’heure. Presque seulement.

            -  Alors Ylan, sache que je suis désolée pour ça. 

            Il se retourne vers Mélia, interloqué. Il n’a pas le temps de lui poser la moindre question. La tranche de la main de la jeune femme vient frapper violemment sa nuque et il s’effondre inconscient. Une fourgonnette démarre en trombe de la ruelle opposée et s’arrête dans un crissement de pneus à côté de la belle inconnue. La porte latérale s’ouvre. Deux hommes en sortent et chargent le corps d’Ylan tandis que Mélia monte à l’avant, côté passager. En moins d’une vingtaine de secondes, ils repartent aussi vite qu’ils sont arrivés et rendent à la rue le calme qu’elle avait perdu.

           

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