Partager l'article ! Chapitre 4: Mélia habite au vingt-quatrième étage de la tour. Un petit appartement de près de deux cents mètres carrés, cadeau de son père ...
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Bonjour à tous,
Dans un futur plus ou moins proche, décadence, misère et mort sont le pain quotidien de l'humanité. La vie de l'un d'entre eux bascule tout à coup. Le jour devient nuit, le blanc devient noir, quel est donc ce mal qui coule en lui ?
Découvrez le en même temps que lui dans cette histoire gothico-vampirique, que je vous transmets au fur et à mesure que je l'écris.
Bonne lecture à tous...
Mélia habite au vingt-quatrième étage de la tour. Un petit appartement de près de deux cents mètres carrés, cadeau de son père. La double porte d’entrée s’ouvre sur un petit palier, surplombant de trois marches une vaste pièce à vivre composé d’un salon et une cuisine américaine. La décoration est à la fois sobre et classe. Les meubles en ébène tranchent parfaitement avec le rouge des murs. Un canapé en « L », d’une dizaine de places, en cuir noir évidemment, trône au milieu de la pièce, face à une télévision dernière génération à l’écran ultra large et aussi mince qu’une bande dessinée. Mélia se dirige vers le bar qui sépare salon et cuisine. Cette dernière, faite d’éléments noirs nacrés, a été réalisée évidemment sur mesures. La jeune femme s’empare d’une télécommande et allume une micro chaîne dissimulée au milieu de nombreux ouvrages de tous types dans une bibliothèque bien fournie. Il doit y avoir des enceintes dissimulées dans toutes les pièces, car la voix mélodieuse de la chanteuse du groupe MyPollux semble provenir de partout à la fois. L’appartement dispose également d’une salle de bain, entièrement carrelée dans des tons chocolat et munie d’une baignoire à bulles et d’une douche balnéo, d’une immense chambre aux couleurs asiatiques et d’une pièce servant à la fois de salle de sport et d’espace de méditation.
Mélia prend délicatement le manteau de son hôte avant de le jeter nonchalamment sur le canapé.
- Mets-toi à l’aise… Qu’est-ce que je te sers ?
- Qu’est-ce que tu me proposes ?
- Whisky, tequila, vodka...
Le jeune homme répond dans un long soupir :
- Je crois que j’ai bien mérité un petit remontant ! Amène le whisky…
La jeune femme verse deux doigts de whisky dans un verre et rejoint Ylan sur le divan.
- Et toi, tu ne bois rien ?
- A quoi bon, répond-elle l’air blasée, l’alcool n’a plus d’effet sur nous.
Ylan trempe ses lèvres dans le whisky tout en regardant Mélia, l’air pensif. Elle le remarque.
- Qu’est-ce qui te préoccupe ?
Le jeune homme semble gêné. Il hésite avant de répondre.
- Je… Je me demandais si tu te rappelais certains moments de ta vie passée, et comment vous aviez été contaminés ton père et toi.
Le si doux visage de la belle brune se ferme aussitôt. La question, qu’elle savait pourtant inévitable, lui rappelle en effet de douloureux souvenirs, que contrairement à son nouveau partenaire, la contamination ne lui a malheureusement pas effacés. Voyant le malaise de sa nouvelle amie, Ylan tente immédiatement de la réconforter en balbutiant :
- Je suis désolé, je ne voulais pas te blesser. Cette question était stupide. N’y pense plus. Je ne voulais pas…
- Malheureusement, je me souviens. J’aurais tant aimé oublier…
- Tu n’es pas obligée de me raconter tu sais.
Mélia sourit, avec peine.
- Au contraire. Je n’en ai jamais parlé à personne. Depuis trop longtemps je garde ça pour moi. Je crois que me confier me fera du bien.
Ylan s’approche et prend les mains de Mélia dans les siennes. La jeune femme plonge son regard dans le sien, comme si elle voulait sonder l’âme du jeune homme avant de lui ouvrir son cœur.
- C’est ma mère qui a été touchée la première.
La belle brune marque un temps d’arrêt, avant de reprendre.
- Je ne sais pas exactement comment c’est arrivé… Même si j’en ai une petite idée. Elle travaillait dans un des hôpitaux de la ville en tant que chirurgienne. Un patient contaminé a dû lui être amené, et c’est en l’opérant qu’elle a certainement était infectée. Elle ne s’en est pas rendue compte, évidemment, et après son service elle est donc rentrée à la maison. Nous avons dîné tous les trois, ce qui était assez rare au vu de l’emploi du temps de chacun. Elle avait fait une pizza maison.
Le regard perdu dans le vide, un sourire se dessine pourtant à l’évocation de cet instant pourtant futile.
- Ensuite, je suis sortie avec des amies en boîte de nuit.
Une nouvelle pause dans son récit. Son visage s’assombrit à nouveau. Les mots lui pèsent, mais le fait qu’ils sortent la soulage alors elle poursuit :
- Le reste n’est que supposition. La soif s’est probablement fait ressentir, prenant peu à peu le contrôle sur sa volonté. Elle a certainement tenté de résister. Je suis sûre qu’elle a fait tout ce qui était en son pouvoir… Mais ça n’a pas suffit. Tu sais comme moi que la soif est trop forte.
Nul besoin de s’étendre sur le sujet, l’expérience encore fraîche dans la tête d’Ylan lui donne la nausée.
- Ma mère s’est finalement jetée sur mon père afin de satisfaire son besoin de sang…
La main de Mélia se contracte, avant de continuer :
- Sa soif étanchée, elle a repris ses esprits aux côtés du corps mutilé et sans vie de l’homme qu’elle aimait tant.
La gorge de la jeune femme se sert. Des larmes perlent le long de ses joues.
- Elle n’a pu supporter cette vision d’horreur. Se dégoûtant elle-même. Alors elle est allée chercher le fusil de mon père, dans son bureau. Elle est revenue à ses côtés, a placé le canon dans sa bouche et a appuyé sur la détente. Son sang a éclaboussé toute la pièce, ainsi que le corps de mon père, ce qui l’a sauvé.
- Comment ça ? S’étonne Ylan.
- Le sang contaminé de ma mère est entré en contact avec les plaies de mon père. Il s’est ainsi retrouvé infecté à son tour, ce qui l’a sauvé.
Ylan acquiesce. Mélia reprend.
- Je suis rentrée quelques heures plus tard. Alerté par le coup de feu, le voisinage a prévenu la police, qui était sur les lieux à mon arrivée. Paniquée, j’ai trouvé mon père, en pleur, serrant contre lui le corps sans vie de ma mère. J’étais anéantie… Mes jambes se sont dérobées et je suis tombée lourdement sur le carrelage. J’ai dû me blesser… Je n’ai pas besoin de te faire un dessin… Nous n’avons pas été victime d’amnésie, comme toi. J’aurais pourtant tant aimé…
- Les premiers symptômes sont ensuite apparus chez ton père et toi ?
- En fait, non. Lors de la déposition de mon père, un inspecteur nous a pris à part. Il prétendait connaître le mal qui avait poussé ma mère à se jeter de la sorte sur lui. Il a passé un coup de fil, et une heure plus tard, nous étions présentés à Emerick. Il nous a parlé du virus, du remède qu’il tentait de trouver à l’aide d’une équipe de chercheurs… Mon père s’est immédiatement investi dans ce projet, tant financièrement que moralement. La découverte d’un vaccin est devenu sa principale raison de vivre, afin d’éviter que d’autres familles soient déchirées de la sorte. Pour ma part, et contre sa volonté, je me suis engagée dans les troupes de rabattement. Nous sommes une cinquantaine à traquer nuit après nuit les personnes atteintes. Dans le meilleur des cas, elles viennent grossir nos rangs, tout comme toi. Dans le pire, nous les éliminons pour qu’elles ne puissent plus nuire, ni propager le virus…
Eprouvée par ce retour sur ce terrible évènement, Mélia se sent tout de même mieux, comme si elle s’était débarrassée d’une partie du fardeau qu’elle porte sur ses épaules. Elle se blottit dans les bras d’Ylan, qui l’étreint affectueusement. De longues minutes passent, sans qu’aucun des deux n’éprouve le désir d’interrompre se moment de réconfort. Pour la première fois depuis bien longtemps, la jeune femme ne se sent plus seule.
* * *